A ceux qui sourient... A ceux qui pleurent...

Publié le par nalouda

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Pêcheurs de tristesses 

Ne t’es-tu jamais demandé où pouvaient bien s’en aller tes tristesses ? Elles, qui viennent éclore parfois dans nos corps sans prévenir, sans y avoir été invitées ? Elles qui, du haut de leurs royaumes inconnus viennent soudainement bouleverser, éveiller et questionner notre joie?

Et bien, dans le huit-clos secret de mes entrailles, je les ai vues un jour, une nuit, discuter entre elles. Je n’arrivais guère à entendre les mots qu’elles prononçaient, puis sans comprendre, j’ai vu qu’elles ne parlaient pas notre langage. C’était de couleurs dont il s’agissait. Oui ! De couleurs ! Elles s’en servaient comme nous nous servons des mots, pour se dire l’une à l’autre.

Que pouvait bien dire la tristesse à la joie et la joie à la tristesse ? Se rencontraient-elles souvent ici ? Se connaissaient-elles depuis toujours ?

Cette intrusion dans mon propre théâtre, je l’ai faite un bon nombre de fois, abrité de leurs regards par les battants de mon cœur. Ce qui m’apparaissait avec le temps était que la joie semblait être ici en sa demeure et que la tristesse n’était qu’une voyageuse qui changeait presque à chaque fois de contours et de lignes. Je m’amusais à essayer de comprendre ce langage coloré, et, à chaque fois, je les laissais continuer leur conversation en retournant sur le chemin des sens à la périphérie de ma vie.

Mais une nuit, je me suis endormi non loin d’elles. A mon réveil sursautant, je mis quelques instants à réaliser où je me trouvais, et c’est là que j’ai assisté à un spectacle tout simplement incroyable. J’ai vu ma joie et une tristesse se prendre dans les bras, mélangeant leurs couleurs. Se purifiaient-elles ? Se disaient-elles adieu ? Au revoir ? Toujours est-il que lorsque cet échange émotif eut lieu, quelque chose de bien étrange descendit vers elles. Plein d’étonnement j’ouvris davantage les battants de mon cœur… Oui ! C’était bel et bien un hameçon ! Un hameçon d’argent tenu par un long fil d’or. La tristesse, qui était là ce jour-là, s’y agrippa, puis lentement quitta mes entrailles, remontant à travers je ne sais quel passage.

Revenant complètement à moi, je pris la décision la nuit suivante, de tenter de m’agripper moi aussi à cet hameçon d’argent. Curieux de tout mais prévenant, je mis dans mon sac à raison, quelques peurs, un peu d’incertitude, de l’ivresse et une bonne dose d’impatience, puis je me mis en route vers mon cœur. Bien entendu et comme à l’accoutumée, une tristesse était là, entrain de discuter avec ma joie. Leur échange me semblait plus long que d’habitude, alors que ce n’était certainement pas le cas ; j’avais seulement hâte de voir descendre l’hameçon d’argent. Après un temps qui me sembla interminable, ce que j’attendais se produisit… Elles se prirent dans les bras, puis venant de je ne sais où, l’objet mystérieux descendit.

Comment allais-je m’y prendre, et surtout n’allais-je pas rompre le fil ? J’ignorais le poids de ma conscience et je présumais de celui, conséquent, de mon inconscience. A l’affût de l’instant, je vis la tristesse s’installer à l’hameçon, saluer une dernière fois ma joie, qui se retourna… Je pus profiter de ce moment ! Alors que la tristesse fut lentement emportée, je me suis mis à courir en direction de l’hameçon, prenant un élan je m’y suis suspendu. Le fil ne se rompit pas et la tristesse ne remarqua rien. J’avais réussi ! 

Essayant d’entrevoir le passage, je ne vis finalement pas grand-chose tant que nous étions à l’intérieur de mon corps, ou peut-être n’avais-je pas les bons yeux pour voir ? Quoiqu’il en soit, une fois dehors, levant la tête au ciel, je n’ai pas réussi à voir où nous étions emmener. Lorsque je me suis mis à regarder autour de moi je vis des dizaines et des dizaines de fils d’or, des dizaines et des dizaines d’hameçons d’argent, avec agrippée à chacun d’eux une tristesse différente. Ne me voyaient-elles pas ? Elles semblaient toutes tellement apaisées, peut-être dormaient-elles ? 

Nous traversâmes le ciel et ses nuages, je serrais de toutes mes forces l’objet qui me hissait, quelque peu inquiet de notre destination. Après le ciel, nous quittâmes l’atmosphère, puis la terre, que je vis alors dans toute sa splendeur, dans toute sa fragilité au milieu des étoiles, égarée quelque part dans un l’uni-vers. Nous ne cessions d’être hissés puis… Le mouvement s’arrêta, je ne vis d’abord rien puis peu à peu, je vis une canne à pêche, puis deux , puis trois, puis dix, des centaines de cannes à pêche. J’entendis une mélodie douce, chantante… Celle d’un homme, d’une femme ? Il y avait là, quelqu’un qui chantait tout en faisant remonter les hameçons gorgés de tristesses.

C’était un homme, à côté de lui, il y avait une femme, tous deux installés sur un tapis de couleurs au milieu des étoiles. Lorsque ce fut le tour de la tristesse qui était venue me visiter d’être libérée par les deux étrangers je me hissais discrètement. C’est avec une délicatesse sans nom qu’ils manipulaient toutes les tristesses acheminées. Je pris place à bord du tapis de couleurs, puis je me mis à observer les faits et les gestes. Je croyais pendant longtemps ne pas avoir été vu mais ce fut plus tard, lorsque les deux pêcheurs avaient terminés leur travail qu’ils me demandèrent sans étonnement et avec la plus grande des simplicités ce que j’étais venu faire ici. Mais nous n’en sommes pas là ! 

Au-dessous du tapis, je vis tous les fils tendus vers la terre, traversant l’illusion du monde, remontant lentement à leur surface. Leurs gestes semblaient baignés par un chant d’amour car aucune tristesse ne fut bousculée ou hâtivement libérée. Comme je l’avais soupçonné durant l’ascension, elles n’étaient pas seulement apaisées, elles dormaient, tout simplement. Chaque tristesse, après avoir quittée l’hameçon d’argent, fut transportée à quelques pas de là dans un endroit paisible au bord d’un lac de lumière. Chacune prenant le temps de se remettre de son voyage avant de s’évanouir dans l’eau merveilleuse de ce lac et de venir le peupler d’un sourire. Ebahis, j’en oubliais les pêcheurs, qui pendant ce temps avaient terminés de remonter les derniers hameçons. C’est avec une voix douce et accueillante, mais qui me fit tout de même sursauter, que la femme me demanda : «  Alors, petit curieux, tu es venu voir la destinée des tristesses ! » Je ne pus alors répondre qu’avec un sourire. C’est alors que tous deux, autour d’un verre de lumière, me racontèrent leurs histoires. Eux-mêmes avaient un jour été tristesse, eux-mêmes avaient un jour été pêchés, puis libérés par d’autres pêcheurs. Ce fut sans mal qu’ils acceptèrent de jouer ce rôle lorsque la vie, le souffle, le leur demanda. Ils m’expliquèrent que chaque jour, des milliers et non pas des centaines de fils, comme je l’avais cru, étaient jetés par delà la terre à la recherche des tristesses. Ces dernières voyageaient sur la toile du monde un peu comme on s’en va en quête du soleil. Les pêcheurs savaient très bien où les retrouver car elles allaient toujours se nicher auprès d’un cœur emplit de joie afin qu’elle les rassure et qu’elle leur parle de La lumière. Et ce n’est que lorsque la rencontre entre une tristesse et la joie d’un être eut lieu  que le fil était jeté. Peu à peu, ils me firent comprendre que leurs rôles étaient de pêcher toutes les tristesses du monde afin de les transformer en lumière et que leur travail ne pouvait se faire sans l’aide inconsciente de tous les êtres qui en eux avait accueilli la joie. Cette alchimie se faisait à l’abri de nous-mêmes et c’était apparemment très bien ainsi, car les tristesses n’avaient pas toutes les mêmes rythmes, les mêmes provenances, les mêmes couleurs, alors qu’elles avaient toutes un même horizon, devenir pure et simple lumière.

J’étais resté là avec eux, contemplant l’endroit d’où je venais sans savoir réellement si je voulais redescendre ou pas. C’est eux, dans un sourire radieux qui glissèrent en moi l’évidence que ma route était encore en bas, et qu’il allait de soi que je me devais de poursuivre celle-ci, avec confiance car les joies et les tristesses savaient créer l’alchimie nécessaire à l’évolution de ce que nous sommes. J’attendais donc qu’une tristesse viennent se loger en moi pour descendre rejoindre ce que j’étais en les serrant tous deux aussi fort que je le pouvais, comprenant alors ce qu’était le langage des couleurs.

Une fois encore, ma joie ne me vit pas ou fit semblant de ne pas me voir. Rejoignant le sentier commun je remarquai alors que j’avais laissé là haut mon sac d’incertitudes, de peurs et d’impatiences, je n’avais gardé dans la poche que l’ivresse !...

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Julien 29/03/2012 23:56

Bonjour à vous trois,

Bienvenue à toi,

Au plaisir de partager quelques songes et autres sons avec vous...

... si vous remontez en Alsace.

Ps : petits sets rythmiques et mélodiques à la cathédrale de Strasbourg le 12 Mai 12.

Câlins.